Le Platine : Une Aubaine ?

ReportMonnaie18 octobre 2018 - 07:21:40

Dans ce rapport, nous allons étudier l'état actuel du platine en tant qu'investissement.
Nous allons tout d'abord étudier la raison pour laquelle le prix actuel du platine est historiquement bas.
Nous évaluerons ensuite l'offre et la demande de platine et son déficit actuel. Nous étudierons son coût de production et enfin la situation financière des principaux mineurs de platine.

D’un point de vue historique

Avec un prix de 850$/Oz et un Brent à 80$/baril, le platine a atteint son prix le plus bas depuis 30 ans.

Le graphique ci-dessous, montre la valeur du platine divisée par la valeur du pétrole. Puisque le pétrole est la base de notre économie, que l'exploitation minière du platine consomme beaucoup de pétrole et que les devises sont fortement dévaluées depuis trente ans, il est plus logique d'exprimer le prix du platine en termes de nombre de barils de pétrole qu'il permet d’acheter.

Nous pouvons constater dans le graphique ci-dessous, que le platine a atteint le même niveau que lors de la crise de 2008 communément appelée crise de Lheman. Ce niveau est le plus bas depuis 30 ans.

A présent, en comparant le prix du platine au prix de l'or (voir graphique ci-dessous), nous constatons également que le platine est à son plus bas niveau depuis les trente dernières années.

Nous verrons plus loin dans cette étude, les raisons d'une telle dépréciation des prix. La principale raison de la décorrélation entre le platine et l'or est que 50% de l'achat d'or est destiné à l'investissement, alors qu'il n'est que de 2% pour le platine.

Pourquoi le prix du platine est-il si bas ?

La situation actuelle justifie-t-elle que le prix du platine soit à son plus bas niveau depuis 30 ans ?

Pour répondre à ces questions, nous étudierons la situation de l'offre et de la demande. Ensuite, nous évaluerons la durabilité de la société minière dans un tel environnement.

L’offre et la demande

La première chose frappante au sujet de l'offre et de la demande de platine est le déficit cumulatif dans lequel le métal est entré en 2014, principalement en raison de grèves importantes en Afrique du Sud durant cette année. Depuis lors, le déficit s'est creusé lentement.

Le déficit est la différence entre l'offre (production minière + recyclage) moins la demande (industrie + joaillerie + investissement). Un déficit croissant signifie que la production a diminué ou que la demande a augmenté.

En 2017, le déficit s'est sensiblement réduit. Il est intéressant de noter qu'il n'est pas dû à une baisse de la demande automobile, mais à un effondrement de la demande d'investissement.

On peut entendre dans les médias et chez les analystes qu'en raison des réglementations environnementales, la production de véhicules utilisant des moteurs diesel va diminuer, et donc, la demande de platine. En effet dans le secteur automobile, le platine est principalement utilisé pour les catalyseurs des moteurs diesel. Si le marché de l'automobile s'oriente uniquement vers les moteurs à essence, la demande de platine s'effondrera. Pourtant, ce n'est pas ce que nous constatons. La Chine enregistre toujours une croissance de sa production de voitures et de camions diesel.

La demande d'investissement pour le platine s'est largement effondrée, quant à elle. La valeur du déficit pour l'année 2017 ne peut s'expliquer que par la réduction de la demande d'investissement.

En 2018, il est prévu une autre forte baisse de la demande d'investissement, pouvant atteindre presque zéro.

Ce manque d'intérêt pour le platine est dû au fait que le métal est encore soumis à la TVA (ou GST) dans de nombreux pays où l'or n'est pas du tout taxé. L’on peut citer en exemple la plupart des pays européens, où la TVA sur l'or est de 0% et la TVA sur le platine passe de 7% à plus de 20% selon les pays. C'est pourquoi le platine a toujours été largement négligé en tant que métal précieux pour l'investissement. Mais, s'il y avait une reprise des métaux précieux, si le système de la monnaie fiduciaire devait vaciller, les investisseurs se précipiteraient certainement vers le platine car il n'y aura pas assez d'or pour tous. Et le marché du platine est si restreint (la quantité de platine disponible est 10 fois inférieure à celle de l'or) que si l'on ajoutait une forte demande d'investissement au fragile équilibre offre/demande, l’on se retrouverait avec un énorme déficit.

Qu'en est-il du coût de production ?

En 2017, le coût de production du platine a augmenté de 15 %. Cela ne concerne pas seulement l'Afrique du Sud. C'est le cas dans le monde entier, en raison de la hausse des prix du pétrole et de l'eau, mais aussi en raison de la hausse du coût de la main d'œuvre.

Le coût en Afrique du Sud est d'environ 1100 $ / Oz. À ce niveau, les mineurs ne gagnent pas d'argent avec le platine. C'est une moyenne. Le coût marginal du platine est de l'ordre de 1 650 $/oz.

Au niveau actuel de 850 $/Oz, plus de la moitié de la production minière n'est pas rentable. Le prix actuel du platine est inférieur de 25 % au coût moyen de production et de 50 % au coût marginal de production. Les mineurs gagneraient plus d'argent en achetant des barres de platine qu'en les produisant.

Alors pourquoi la production ne chute-t-elle pas drastiquement, demanderiez-vous ? Car c'est un investissement énorme que de redémarrer une mine. Si un mineur devait arrêter une mine, il devrait licencier beaucoup d'employés, cesser de payer les permis, etc. Il devrait payer des pénalités sur le matériel qu'il loue, ou pire, il devrait faire passer en perte le matériel qu'il a acheté. La reprise de la mine représenterait à nouveau un énorme investissement financier. Par conséquent, tous les mineurs font tout leur possible pour ne pas cesser la production.

Ajoutez-y également la question sociale, pour laquelle les gouvernements refusent que des milliers d'employés soient au chômage, ce qui explique pourquoi les mineurs continuent de produire, même à perte.

Même si les mineurs continuent de produire, ils ont considérablement réduit les investissements dans de nouveaux projets. Tôt ou tard, cela aura un impact sur la production de platine. De plus, si la demande devait augmenter, il faudrait des années pour que les mineurs rattrapent leur retard et redémarrent.

Et les mineurs ?

Comme vous pouvez le constater dans le tableau ci-dessous, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe représentent 78% de la production mondiale.

Trois grands mineurs se partagent cette production :

Company Production 2016 of platinum in Oz Production 2017 of platinum in Oz
Anglo American Platinum 1,688,400 2,511,900
Impala Platinum 1,524,500 1,468,100
Lonmin Plc 668,704 649,100

Impala (IP) à un partenariat commercial avec l'entreprise d'État du Zimbabwe pour y extraire le platine. Les trois mineurs sont représentatifs de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe.

Nous nous concentrerons uniquement sur ces trois mineurs, qui représentent 74% de la production mondiale. Comprendre ces 3 mineurs signifie comprendre le monde minier du platine.

L’on peut constater qu'Anglo American Platinum (AAP) est le seul à avoir augmenté sa production en 2017. Si nous examinons la situation de plus près, il nous apparaît que cette augmentation n'est qu'un retour à la normale par rapport à la période qui a précédé les grandes grèves de 2014. Ceci n'est pas lié à de nouveaux projets.

La situation financière des mineurs

Dans le graphique ci-dessous, nous pouvons visualiser le résultat en milliards de Zar (la monnaie sud-africaine) des trois mineurs. En 2017, Anglo American Platinum gagnait 2 milliards de Zar, Impala perdait 10 milliards de Zar et Lonmin perdait 1 milliard de Zar.

Notons qu’Anglo American Platinum est moins exposé au platine que les deux autres. Sa production de palladium est importante. Étant donné que le palladium se négocie à environ 1080 $/oz, soit 25 % de plus que le platine, ce métal représente une part importante des profits de l'entreprise. Malheureusement, nous ne pouvons pas attribuer le bénéfice à l'un ou l'autre métal, puisque les mines produisent les deux.

D'autre part, Lonmin et surtout Impala sont spécialisés dans la production de platine.

Il est également très intéressant de noter que

la somme des bénéfices des trois sociétés est négative depuis 2012, soit depuis 6 ans déjà. Même si l'une ou l'autre gagne de l'argent au cours d'une année donnée, le total des trois entreprises perd constamment de l'argent. Cela fait six ans que le secteur détruit le capital. Combien de temps encore cela peut-il continuer ? Le cycle habituel est largement dépassé. Parce que les mineurs ne veulent pas fermer les mines, ils ont tendance à supporter les pertes, attendant que les beaux jours reviennent. Mais auparavant cela durait trois ans maximum, avant soit une hausse de la marchandise, soit une faillite du mineur. Nous en sommes maintenant à six ans, et les pertes sont constantes chaque année, comme le montre le graphique ci-dessous :

Le rendement des capitaux propres (RCP) de ces entreprises est également impressionnant. En 2017, Lonmin avait un RCP de -85% !

Cela signifie qu'en 2017 seulement, Lonmin a détruit 85% du capital des actionnaires.

Impala avait un RCP de -25%, ce qui est également astronomiquement néfaste pour l'actionnaire.

Seul Anglo American Platinum a obtenu un RCP de +5%. Mais il est important de se rappeler que cette entreprise ne produit pas que du platine.

Il est juste de dire que le secteur minier du platine est sur le point de s'effondrer et n'est soutenu que par des actionnaires qui perdent de l'argent ou par des gouvernements qui impriment de l'argent pour continuer à alimenter la perte afin de ne subir ni de grands problèmes de chômage, ni d'émeutes civiles.

Conclusion

Le prix du platine est à son plus bas niveau en 30 ans. Le métal se traite largement en-dessous de son coût de production, et la plupart des mineurs perdent de l’argent.

Le platine a découragé la plupart des investisseurs, sinon tous. Il s'agit d'une option qui permet d'augmenter considérablement le prix si les investisseurs revenaient.

Les mineurs perdent de l'argent depuis six ans maintenant. Ils détruisent la valeur actionnariale chaque année.

L'équilibre entre l'offre et la demande est si mince que si la production diminuait ou si les investisseurs revenaient, le prix du platine augmenterait certainement.

De plus, avec un coût de production annuel en hausse de 15 %, nous ne voyons guère comment le platine pourrait diminuer encore davantage.

Rédigé par : BUNKER OR&ARGENT

Dans la même catégorie